04 juillet


le trajet d'aujourd'hui : Egilsstaðir, F910, désert d'Odáðahraun, Askja.


  • Il est 08h00, dur, dur, je suis tout cassé de cette nuit dans la voiture, à peine je commence à émerger qu'une voiture sort du chemin où je suis garé, et merde faut que je retrouve des forces pour sortir du duvet et m'installer au siège conducteur à moitié à poil, le type derrière moi doit halluciner. je vais me garer de l'autre côté de la route, je m'habille et je sors, heureusement il ne pleut plus ce matin un bon petit 10°C me conviens parfaitement mais le ciel est toujours aussi chargé de nuages très bas, je n’ai pas le temps de déjeuner je verrai ça plus tard. Dans 1/2 heure (à 09h00) je dois ramener la Yaris à l'aéroport d' Egilsstaðir pour faire l'échange avec le 4x4, je passe à la station essence du centre ville d' Egilsstaðir pour laver la voiture, c'est commode toutes les stations possèdent une aire de lavage de véhicules gratuite, faut dire que l'eau est omniprésente sur cette île et que les voitures sont très vite couvertes de poussière et de terre, évidement je me trempe totalement les pieds avec ce fichu tuyau qui fuit mais la brosse qui est au bout nettoie très bien la carrosserie. Le temps de me changer les chaussures je fais aussi le plein car il faut bien sûr rendre la voiture comme je l'ai reçue. j'arrive alors à 09h00 comme prévu au tout petit aéroport d' Egilsstaðir, il ne sert en fait qu'aux vols intérieurs vers la capitale et quelques aérodromes de l'île, je me rends au comptoir d'Hertz et un type style armoire blonde me reçois très sympathiquement, je lui explique mon exploit de tôle froissée d'hier sur la Yaris, mais il me dit que c'est pas grave, il me demande le constat amiable mais comme prévu c'est l'assureur du centre ville qui s'en est occupé, tout ce passe très bien, en principe je devrais m'en sortir avec un bon vieux 50/50 au niveau des frais en plus de la franchise. Mais un petit gros soucis se présente rapidement : le 4x4 que j'avais réservé n'est pas disponible pour le moment !!!! En fait il n'est même pas sur le parking de l'aéroport !!! Je suis branque, le type de chez Hertz tout en bafouillant m'explique qu'il ne va pas tarder à arriver dans l'heure qui arrive, y'a pas de problèmes. Enfin mais comment ça ? J'ai réservé ce 4x4 (un petit Jimny Suzuki, c'est ce qu'il y a de moins cher à la location) il y a plus de 4 mois et aujourd'hui il n'est pas dispo ? Mais qu'est ce que c'est que ce travail !!!!! Je lui fait comprendre que je ne suis pas tellement disposé à attendre une demi-journée ce véhicule, et très embarrassé il me propose un autre 4x4 qui est sur le parking, mais c'est un bien plus gros, un Toyota Rav4 flambant neuf !!!!! Oh pop pop !!! Je sens l'arnaque du supplément à payer pour ce modèle au dessus de ce que j'avais commandé, et le type de chez Hertz me dit clairement qu'il n'y a pas de soucis je prends celui là à la place du petit Jimny prévu sans supplément de quoi que ce soit, pareil pour l'assurance. Dans ces conditions je marche, comme il est un peu perturbé par cette transaction il oublie de me faire payer les frais d'abandon du véhicule, j'évite astucieusement d'en parler, ç'est déjà ça d'économisé dans ma poche !!! Je fais le transfert de mon sac et mes affaires de bouffe de la Yaris au 4x4 et tchao la compagnie. Je repasse par la station d' Egilsstaðir me prendre une 2ème bouteille de gaz pour le réchaud car je sens que celle que j'ai va bientôt lâcher et en plus si je me lance dans les traversées du désert d'Askja et du Kjölur pendant plusieurs jours ça risque d'être difficile de trouver un magasin Bonus ou une station essence à plusieurs 100ènes de kilomètres à la ronde ... Ce 4x4 c'est un palace sur roues, y'a pas à dire Toyota c'est une sacrée marque, celui là faut pas que je l'esquinte ... Bon voyons voir comment on actionne les 2 ponts pour avoir les 4 roues motrices, oh!!! Trop facile c'est juste un gros bouton à enfoncer. En bordure du pont de la N1 qui traverse la rivière Jökulsá á Dal je me prépare un bon petit dèj avec en plus du muesli (ici tout le monde en mange) dans le café au lait, je m'en suis acheté une petite poche hier au Bonus. Je quitte rapidement la N1 pour la 923 jusqu’à Brú, c’est une petite route étroite goudronnée qui longe la Jökulsá, la rivière donne à cette petite vallée un micro climat assez humide, et les prairies sont très verdoyantes, je me trouve dans le paradis des moutons.

    Il fait maintenant 17°C, c’est nickel pour faire péter le pantacourt, à croire que 17°C islandais ne sont pas les même que 17°C français !!!! A partir de la ferme de Brú c’est la piste F910 qui commence, et la frontière entre la vallée verte de la Jökulsá et le plateau désertique d’Odáðahraun est immédiat, après quelques kilomètres et un tout petit ruisseau à franchir il faut gravir un virage sur 6/7 mètres de dénivelé et on entre direct dans le désert, c’est un moment saisissant !!!!!! C’est le cas de le dire, en 5 secondes on passe des prairies vertes au désert, il n’y a plus rien à perte de vue, juste la piste !!!!!!!!!!!!!!



    J’entre dans le monde solitaire de l’Odáðahraun, le champ de lave le plus grand du monde : 6000km², un désert couvert tantôt par du sable volcanique noir, tantôt par de la pierre ponce, tantôt par des blocs de lave, tantôt par de la grave volcanique, … non seulement c’est un monde inimaginable mais en plus c’est à peine croyable de se dire que je suis là seul au milieu de ce paysage façonné par les volcans les plus puissants du monde … c’est … génial, aucune trace de vie végétale ou animale sur des centaines de kilomètres… Pincez moi, je rêve on doit être sur la Lune, ben non je suis seul il n’y personne pour me pincer, donc je dois être en train de rêver …

    Ah mon 1er signe de vie !!! (En fait il y en aura 2 aujourd’hui, car je vais croiser 2 4x4 en tout et pour tout durant la journée) à la sortie d’un virage en angle droit au milieu des énormes blocs de lave un 4x4 me déboule plein fer sans visibilité face à moi, d’un coup de volant je chasse à droite et j’évite la collision de très peu (2 accidents en 2 jours, c’est trop !!). Le paysage me coupe le souffle toutes les 15 secondes, le temps est toujours aussi couvert et la température est tombée à 13°C heureusement il n’y a pas un brin de vent. Les franchissements de petits gués (un gué est un endroit où l'on peut traverser un cours d’eau à pied, à dos d'animal ou en véhicule, c’est le cas ici, sans s'embourber ni être emporté par le courant) s’enchaînent facilement avec le 2 ponts, machinalement je pose les yeux sur le compteur kilométrique et je m’aperçois avec stupéfaction que je n’ai fait que 20 km !!! Moi qui croyais en avoir parcouru au moins 60 km… Ben à ce rythme je ne suis pas encore rendu à Askja, de toute manière j’ai tout le temps devant moi, enfin ce qui est devant moi c’est surtout un immense désert. J’arrive devant mon 1er gros gué, pour moi qui suis novice en la matière c’est un gros gué, pour d’autres ce sera peut être une flaque d’eau, visiblement je ne suis pas le seul à être perplexe pour le franchissement, devant moi un 2ème 4x4 (ma 2ème et dernière trace de vie pour aujourd’hui) ce sont des allemands très sympas qui sont aussi arrêtés devant la rivière, la femme à traversé à pied le gué pour pouvoir filmer son mari, j’observe avec attention comment il s’y prend et je me lance à mon tour pour le franchissement, vraiment sympas ils m’attendent de l’autre côté de la rive au cas où j’aurais des problèmes, comment faire, je me mets en 1ère au coup je calerai dans l’eau et j’enclenche le 2 ponts, j’avance doucement dans l’eau, je n’arrive pas à situer la profondeur et je sens comme de la résistance à l’avancement alors j’accélère et j’arrive sans problèmes de l’autre côté, les allemands m’applaudissent, je n’en demande pas autant !!! Et on se met à discuter un peu car il parle un peu français.

    Tiens mais c’est Herðubreið, le volcan sacré des islandais que je vois au loin avec sa forme si caractéristique de volcan à plateau, un cône volcanique subitement plat au sommet.

    Il commence à tomber quelques gouttes, ça va peut être plomber la poussière au sol car derrière le 4x4, un nuage de poussière s’envole, j’arrive au second gué d’importance et mes allemands sont toujours là, il est 13h30 je m’arrête au bord de la piste pour casser la croûte, en plus aujourd’hui il y a des chips !!! C’est une petite folie que je me suis acheté, car vu le prix je vais pas dévorer la poche en une journée, je vais les savourer et les déguster ceux là !!!!

    Les quelques gouttes se sont transformées en véritable pluie, Herðubreið au loin est maintenant embrumé,

    j’arrive dans un champ de lave immense, c’est fantomatique, presque irréel cette sensation d’être seul au monde en voyant cette étendue de scories volcaniques à perte de vue, le contraste est saisissant entre le jaune beige des scories et le gris noir de la lave. C’est de la folie furieuse, cette piste pour Askja va rester comme un très grand moment du voyage, j’en suis persuadé, je n’imaginais pas y’a encore un mois en train de slalomer entre les énormes blocs de lave au milieu du désert, je me sens des plus vulnérable au moindre incident qui pourrait m’arriver ici.

    A la sortie d’un virage j’arrive à m’embourber avec le 4x4, le 2 pont enclenché et je repart comme depuis un bout de temps maintenant à vitesse réduite, 30 km/h maximum. Exceptionnel même sous la pluie, c’est interminable de virages, je n’en vois pas la fin. Comment les êtres humains ont-ils pu tracer une piste là ? Encore 13 km et je croise un cyclotouriste, je me range et je l’applaudis, quel courage de sa part !!! C’est branque l’angoisse me prend de m’être perdu,

    je ne vois toujours pas le cratère d’Askja, même sous la brume je devrai apercevoir quelque chose non ? C’est frustrant j’ai l’impression de m’être perdu en plein désert surtout qu’il n’y a personne sur la route, ni même le moindre panneau …

    et puis au moment où je ne m’y attends plus, vers 16h30 j’arrive au parking du refuge de Dreki au pied d’une montagne rougeâtre et pas très haute il me semble (Drekagil), la silouhète du volcan Askja ne me saute pas aux yeux, pourtant il parait qu’il est immense.






    Au refuge il n’y a pas grand monde, 3 4x4 dont le mien et celui des allemands de tout à l’heure, 1 vélo. Je reste à l’intérieur du véhicule un bon moment en espérant que le temps va se dégager un petit peu car j’aimerai bien aller me baigner dans le lac Viti à l’intérieur de la caldeira d’Askja, sur mon petit guide ils marquent ½ heure pour rejoindre le Viti, ce n’est pas énorme et malgré le temps je voudrais bien voir un petit peu cette impressionnante caldeira d’Askja, je me tâte sérieux pour savoir si j’y vais. Je me décide j’y vais, je me change, mets mon maillot de bain et le pantacourt par-dessus, un tee shirt et la veste gore tex ; dans mon petit sac je prends le pantalon k-way pour me changer, un tee shirt manches longues pour me changer quand je sortirai de l’eau, la serviette. Comme c’est à ½ heure d’ici je pars en tennis c’est pas bien loin je vais pas chausser les chaussures de rando pour si peu, pas besoin non plus de la gourde ni de gâteaux, prends pas non plus le bâton, et si il y a du monde au Viti qui se baigne je préfère laisser dans la voiture ma montre, mon portable, mon couteau et la carte du guide je peux pas me tromper c’est indiqué le chemin de rando est tout droit jusqu’au Viti. Je pars avec le strict minimum je ne vais pas en avoir pour bien longtemps.



    Je prends le sentier qui débute juste à droite, derrière le refuge de Dreki, il bruine bien, et ça attaque raide, les paysages sont splendides sur le massif montagneux Dyngjufjöll et l’immense désert d’Odáðahraun avec ses scories beiges.

    Durant l’ascension je traverse des paysages lunaires, c’est le cas de le dire c’est ici au pied d’Askja que la mission Apollo vint s’entraîner entre 1965 et 1967, ils ont bien choisi la solitude les ricains, pour habituer le camarade Armstrong à ce qui va lui attendre sur la Lune !!!! Je marche je marche mais toujours pas de lac Viti devant mes yeux, je n’ai que de la pierre ponce, de la lave, des névés et de grandes montagnes en face de moi couvertes de neige, le sentier est peu visible heureusement que des piquets jaunes sont plantés de loin en loin tout les 100/150m pour indiquer la direction à suivre. Ca fait plus d’1 heure que je marche et rien que de la montagne, ils ont dû se tromper dans le guide y’a pas ½ heure de marche mais bien plus ou peut être une erreur de frappe lors de l’impression du bouquin. Bingo !!! Une large névé à traverser en pente raide, va falloir faire attention, je ne compte pas me retrouver 200 m plus bas, en plus en tennis ce n’est pas la joie. Tant bien que mal en me creusant des marches ça passe, c’est fou toute cette roche brûlée, calcinée, la désolation poussée à l’extrême, aucune trace de vie c’est une montagne de mort, le ciel très bas et la pluie n’arrangeant rien à l’affaire, je suis seul sur Askja.

    Je commence à me poser des questions, j’ai pas pris ma montre mais je suis sûr que ça fait bien 2 heures que je marche et toujours rien, pourtant j’arrive à suivre les piquets jaunes, même si des fois ils sont durs à repérer je suis sur la bonne route, à chaque petit sommet je me dis le cratère d’Askja doit être derrière mais non jamais c’est toujours plus loin. Et puis une immense barrière de montagne se profile devant moi au loin, je suis sûr que c’est la paroi extérieure de la caldeira, ça me semble infranchissable pourtant les piquets jaunes y vont droit dessus et au vu de ce que j’ai fait je vais pas faire demi tour maintenant. La veste gore tex joue son rôle à la perfection, elle me coupe bien du vent et de la pluie et je n’ai pas froid aux jambes en marchant ça va, j’ai les pieds mouillés mais bon en traversant des névés en tennis c’est normal.



    Et puis oh miracle !! J’arrive tout en haut de la caldeira enneigée avec un vent pas possible au sommet du col, j’ai une vue impressionnante sur la Caldeira d’Askja et sur le lac Öskjuvatn qui se trouve au milieu du cratère, surtout avec le brouillard qui plombe les lieux !!!!

    La caldeira fait 45 km² pour 8 km de diamètre et des versants quasi verticaux de 350m de haut, le lac lui fait 11 km² et 4km de diamètre pour 220m de profondeur c’est le lac le plus profond d’Islande, il a été crée lors de l’éruption gigantesque de 1873, la dernière éruption date de 1961. Depuis le début de l'année 2007, de nombreux séismes (plusieurs milliers) ont été enregistrés entre la caldeira d'Askja et le volcan Herðubreið. Au début de l'année 2008, l'épicentre se déplaça à l'est d'Herðubreið et les vulcanologues s'accordent pour dire qu'une éruption prochaine n'est pas à exclure, faudrait pas que ce soit aujourd’hui qu’Askja se décide de s’amuser, je voudrai pas terminer en bombe volcanique !!!!



    Bon le petit lac Viti à côté de l’Öskjuvatn doit être juste en bas de la paroi rocheuse devant moi, je ne le vois pas mais bon il doit être par là, seul petit problème il faut descendre la paroi de 300m de haut et elle est complètement enneigée par une immense névé, ça tombe à pic j’hésite et puis je me lance doucement sur la névé en tennis en faisant attention de ne pas glisser et de tâter devant moi à chaque pas pour trouver de la neige dure mais faut bien avouer que je m’enfonce jusqu’à mi mollet dans la neige par endroits et en tennis et pantacourt je ne traîne pas !!! Une fois arrivé au fond de la caldeira je longe le lac à 50m du bord car le lac est encore en partie gelé,

    c’est fou de se dire que je suis au cœur du cratère d’un volcan immense et oui faut pas oublier que sont diamètre fait 8 km !!! Et qu’il est en période d’activité ascendante, évidement il va pas éclater du jour au lendemain, il y a des signes avant coureurs mais bon c’est inimaginable !!!! Tiens mais ça pue par ici ça sent le sulfure d’hydrogène, et oui devant moi la terre fume, je me penche la terre est bien évidement chaude,

    et 100m plus loin sur la paroi de la caldeira une grande zone géothermique avec des immenses solfatares enfume cette partie du cratère, on dirai une plaie mal cicatrisée qui suppure sur la peau !!! Ici le magma ne doit pas être bien profond. Non mais c'est branque, les contours de cette grande solfatare ressemblent étrangement à la carte de l'Islande, comme c'est curieux !!!!

    Les piquets jaunes sont toujours présents mais parfois ils dépassent juste un peu quand ils sont pris dans la neige. Je retraverse encore des névés puis j’escalade une grosse coulée de lave qui ne doit pas être bien vieille (celle de 1961 ?) au vu de la couleur bien noire, c’est marrant ces grosses coulées de lave noire dans la neige.

    J’ai les pieds trempes quand j’arrive au lac Viti, on dirait un piquet rouge au loin il me semble mais dans le brouillard difficile d’y voir, j’ai bien mis 1 heure je pense depuis que je suis dans la caldeira pour arriver au Viti, comme quoi la ½ heure du guide en disant rando facile, je me demande si ils ne se sont pas trompés de région car ils ont tout faux. Me voilà donc au Viti, ce petit lac d’un bleu laiteux contrastant avec l’ocre de la terre c’est magnifique, je m’attendais à voir du monde ici et bien je suis tout seul. Mais je m’aperçois que les pentes du cratère sont bien trop raides, en plus elles sont boueuses, je vais me mettre minable pour descendre au fond et pour remonter ça va être mission impossible, dommage car je suis venu ici spécialement pour me baigner dans le Viti car l’eau est à 25°C paraît-il.

    Non je renonce à descendre, sinon je vais me foutre minable pour remonter. J’ai pas l’heure je sais pas combien de temps j’ai mis jusqu’ici, ça m’embête car je dois repartir et je n'ai pas de repaire temporel car avec le soleil de minuit je ne peux pas juger de l’avancement de la journée, même si le soleil est invisible à cause de la trop grosse couverture nuageuse il fait toujours jour, il est peut être 18h00, 20h00, 23h00 ? Je n’en sais rien. Bon allé, assez traîné ici je rebrousse chemin car j’ai tout le retour à me farcir jusqu’au refuge de Dreki et avec ce temps c’est pas gagné car il continue à bruiner. Je repasse devant les solfatares et j’entame la montée,

    enfin je devrais dire l’escalade de la paroi de la caldeira dans la neige, ben ce n’est pas une sinécure !!!!



    J’arrive en haut du col et là stupéfaction !!!!!!!!!!!!!!!!!! Un brouillard aussi épais que du coton est tombé à l’extérieur de la caldeira, y’en a aussi à l’intérieur mais quand même moins épais … Nonnnnnnn je suis fou !!!!! Je n’y vois pas à 15m, aucun point de repaire à part les grandes plaques de névés et les pierres, je suis pris au piège car le brouillard envahit maintenant le cratère et je me retrouve prisonnier !!!!!!!!! Il faut que je fasse très vite pour perdre de l’altitude car je suis à 1500m, vite voilà un piquet jaune mais c’est difficile pour moi de repairer les autres piquets, j’en trouve 6 ou7 en suivant et puis ils s’enchaînent en descendant, c’est bon je suis sauvé mais la suite risque d’être dure car le brouillard est toujours aussi épais, tiens mais ça sent pas le souffre ici ? Je ne me souviens pas d’avoir senti l’œuf pourri à l’aller à l'exterieur de la caldeira … Nonnnnnnnn je suis devant les solfatares à l’intérieur de la caldeira !!!!!! Dans le brouillard j’ai dû faire ½ tours sans faire exprès. Comment faire ? je remonte la paroi de la caldeira dans la neige et la lave mais cette 2ème ascension me coupe les jambes, je monte petit à petit en faisant des haltes tous les 20m, je commence à avoir les pieds engourdis et je défais la capuche de la veste gore tex car j’ai la tête trempée par la pluie et le brouillard mais la veste n’est plus étanche je prend l’eau sur le corps, c’est pas bon pour moi ça et le vent commence à souffler, comme je suis trempe faudrait pas que je me congestionne, j’enfile alors mon pantalon K-way et je me déshabille à l’abri pour mettre le tee shirt manche longue. Me revoilà de nouveau au sommet de la caldeira, au col et le vent souffle terrible mais le brouillard décolle pas, j’angoisse de plus en plus, je ne peux plus me le cacher : je suis perdu tout seul dans le cratère du volcan Askja au milieu du désert d’Odáðahraun avec des conditions climatiques dantesques !!!!!!!!!!!!!!! Faut surtout pas que je panique sinon je suis foutu, faut que je garde absolument mon calme et ma lucidité, y’a pas je vais m’en sortir, je ne sais pas comment encore mais je vais m’en sortir. Je suis sur la crête de la caldeira avec un piquet jaune devant moi, donc au moins je suis sur le chemin, si les secours viennent je suis obligatoirement sur le circuit, le problème c’est que personne ne sait au refuge que je suis parti en montagne, pourvu que les allemands de tout à l’heure reconnaissent mon 4x4 en bas. Je commence à me refroidir et ça c’est pas bon du tout pour mon organisme déjà fragilisé, faut que je marche et je retente le coup d’essayer de sortir d’ici, si je m’arrête de marcher c’est le froid qui me tue, en marchand sur des blocs de lave je dérape et je tombe à la renverse, je déchire l’arrière de mon pantalon K-way, voilà un piquet à gauche et je m’avance et j’essaie de tâtonner à 20m à la ronde de ce dernier pour en trouver un autre mais j’ai aussi peur de me retrouver dans un ravin ou autre car avec ce brouillard je n’y vois que dalle, je refais marche arrière et là impossible de retrouver le dernier piquet vu, merde !!!!!!!


    Je suis totalement perdu !!!!!!! J’ai froid, il pleut, à bout de force, pas d’heure, pas de nourriture, seul, non c’est pas possible je peux pas crever ici, certainement pas à Askja !!!!!! Avec la peur qui me submerge je suis comme dans un état second et je commence à errer seul à poser un pas devant l’autre sans savoir ou je vais, peut être vers la mort … Pendant 1/4 d'heure je suis en train de me laisser aller complètement à bout je ne sais même plus comment j’avance, je vais m’écrouler par terre. Faut être lucide, personne ne viendra me chercher ici, personne ne se soucie de moi en ce moment, à quoi bon. je suis au bord de l'épuisement total, je n'avance presque plus, le froid me tétanise le corps, je sens de plus en plus que je m'en vais, je ne pense plus à rien.


    Et puis miracle !!!! Je tombe sur une grande névé que j’ai déjà traversé, je reconnais mes pas et les traces de mes tennis dans la neige, et en 10s je me regonfle d’espoir, et non pas moyen je crèverai un jour, mais certainement pas ici, hors de question !!!!! Je dévale la névé et je tombe sur un piquet jaune !!!! Je tiens le bon bout c’est sûr. Je dois m’abriter du vent et du froid mais y’a rien dans cette fichue montagne volcanique à part des cailloux et de la neige, de la neige !!!!!! Et oui faut que je trouve une grosse névé pas trop dure pas loin du piquet, je vais m’y creuser un trou ou construire un igloo !!!! En voilà une qui fera l’affaire, c’est un gros chantier dans lequel je me lance, mais même si je suis à bout physiquement, faut que je fasse circuler mon sang dans les muscles pour pas me refroidir completement et il faut que je pense à quelque chose de précis : m’abriter dans un igloo, c’est stupide comme idée mais bon. Je commence à creuser dans la neige mais je vais pas bien vite, il commence à prendre forme, j’ai le visage congelé par le vent glacial et humide, j’arrive à élever les murs sur 3 côtés en amassant de la neige et en la compactant, ça à l’air de tenir, je ne sens plus mes mains elles sont bleues et les terminaisons nerveuses ne répondent plus, j’ai les phalanges de gelées, pas grave je continue. Aille le toit que j’essaie de mettre en place ne veut pas tenir, même en compactant bien la neige il s’effondre, je tente le coup de me cacher dans mon petit igloo mais je sens trop le vent sur ma tête, y’a rien à faire. Je suis trempe de la tête aux pieds et le vent commence à cristalliser l’humidité sur mon sac et la veste gore tex, pas possible il doit faire proche de 0°C il gèle !!!!! Avec le vent je n’ose imaginer la température ressentie ….


    Ma solution de l’igloo ne marche pas, tant pis, je me concentre, je contracte tous mes muscles pour prendre un peu de chaleur mais c’est difficile car je n’ai plus aucune force, mais au fond de moi je me dis : si j’ai eu un moment où j’ai vu la mort me passer de très près tout à l’heure, moi Régis je ne crèverai pas ici et je trouverai les forces nécessaires pour m’en sortir tout seul. Et j’y pense !!!!!!!!! Les solfatares à l’intérieur de la caldeira !!!!!!! Il doit y faire bien chaud au raz du sol !!!!!!!!!


    Je ne pers pas une minute c’est ma dernière chance d’essayer de reprendre un peu de forces et de chaleur et de me maintenir en vie sinon je vais mourir congelé et d’épuisement ici sur cette névé. Plus une minute à perdre je n’ai qu’à suivre les piquets jaunes, ils me conduiront direct dans la caldeira comme par 2 fois tout à l’heure, auparavant j’ai la gorge sèche alors je mange des morceaux de neige petit à petit pour ne pas que ça me brûle de froid la gorge. Effectivement j’arrive à l’intérieur de la caldeira et en puisant au plus profond de moi-même pour faire les ultimes efforts j’arrive devant le flan des solfatares, il ne me reste plus de 20/25m à parcourir. Me voilà enfin sur un point chaud, ici je vais rester le temps qu’il faudra pour me ressourcer, de toute manière personne ne m’attend en bas … Au milieu du champ de solfatares la vapeur dégagée par la terre est très chaude limite bouillante, je suis trempé, je n’ai plus rien à perdre et c’est ma seule chance de survie, je me couche alors de tout mon long par terre sur les solfatares, au bout de 2 min je ressens déjà un semblant mieux mais par endroits la terre devient bouillante, il m’est impossible de rester coucher au même endroit avec les fumerolles qui sortent du sol, je suis obligé de bouger les membres toutes les 30s sinon je me brûle littéralement.

    Je suis recouvert de boue, non seulement mes vêtements sont mouillés mais ils sont couverts de terre maintenant, de toute manière c’est ça ou je crève sur place, ma vie vaut quand même plus que les habits que j’ai dessus !!! J’ai aussi le visage couvert de terre qui sèche avec les vapeurs chaudes des solfatares proches de mes joues. Pendant 1-2 secondes je ressens comme un petit seisme, je crois bien que la terre vient de trembler, enfin il me semble, faudrait pas que ce soit un tremor du volcan ... Mes parties du corps en contact avec le sol se réchauffent petitement mais le vent glacial qui s’engouffre dans la caldeira me saisit mon bras et ma jambe au dessus, c’est atroce ce chaud/froid, je compte bien sur ce vent pour chasser ce brouillard toujours aussi dense mais rien à faire il est comme plombé sur tout le massif montagneux. Bon quoi faire ? je ne suis pas perdu car je me trouve dans la caldeira à un point précis, un lieu en principe de passage si il y a des randonneurs, je suis relativement au chaud même si je suis trempé, il faut absolument que je garde courage et que je continue à croire en moi, je vais m’en sortir. Je suis toujours en train de changer de position mes membres sur le sol car la terre me brûle au bout de 30s, c’est très très pénible. Et cette sensation d’être perdu dans le temps avec aucun repère ça m’angoisse terriblement, quelle heure il est ? Plus aucune notion du temps, je ne pensais pas que cela soit aussi terrible pour le moral.


    Si j’attends demain peut être le brouillard va partir mais c’est très aléatoire, si je réessaye le chemin de l’aller mais j’ai déjà échoué 3 fois. Ça doit faire bien 3 heures je pense que je suis là couché à tenter de me réchauffer un peu, si je quitte les solfatares c’est pour trouver la bonne solution de me sortir d’ici, j’ai pas le choix. Je repense à ce plan de mon petit guide que je me remémore, le sentier était indiqué tout droit aboutissant direct au lac Viti, si eux ne se sont pas trompés et que c’est moi qui me serais trompé, c’est vrai ? Est-ce que ce fameux sentier qui arrive direct au Viti ne correspondrait pas au piquet rouge que j’ai vu tout à l’heure un peu plus loin dans la caldeira après le Viti ? Ca doit bien mener quelque part surtout qu’il m’a semblé vaguement que cette partie de caldeira était plus plane. C’est ma seule possibilité, qui ne tente rien n’a rien mais je ne me sens pas la force de me lever et de marcher. Non il faut que je saisisse ma dernière chance de m’en sortir, allé un ultime courage. Maintenant que je me suis réchauffé, je me lève mais le froid me saisit, vite vite vite il faut que je me mette en mouvement pour ne pas perdre la chaleur accumulée, je me mets en route vers le Viti, je dois avoir une sacrée santé pour résister à tout ça.


    Je traverse péniblement la coulée de lave et j’arrive les pieds gelés dans la neige au Viti, j’observe bien les lieux et effectivement un piquet rouge au loin, mais je remarque aussi 2 traces parallèles dans la neige qui s’éloignent dans le brouillard vers la direction de la caldeira plus plate. Qu’est ce que c’est que ces traces parallèles ? A bien y regarder, ça ne peut être qu’un engin motorisé qui ait fait ça, pas possible autrement, si un engin motorisé est venu jusqu’ici c’est qu’i doit y avoir un semblant de route donc ça ne doit pas être aussi raide et montagneux que le côté du volcan que j’ai pris à l’aller, c’est décidé je suis ces traces qui au moins m’emmèneront quelque part et je suis sûr que je ne vais pas les perdre dans le brouillard puisque elles sont incrustées dans la neige au sol, tout le sol de cette partie de caldeira est enneigée, j’ai les pieds glacés. Puis de loin en loin, parallèle aux traces, des piquets rouges se succèdent et de très nombreuses traces de pas les suivent, c’est bien une preuve que cette direction doit être régulièrement visitée, maintenant j’en suis sûr je suis sur le bon chemin, celui que j’aurais dû prendre à l’aller un tracé rectiligne menant au Viti, je ne sais pas où est ce qu’il va me mener mais ça me donne du courage supplémentaire pour marcher. Bien que le brouillard soit légèrement moins épais que tout à l’heure heureusement qu’il y a ces traces de pas et d’engin au sol dans la neige, car il y aurait de quoi se perdre encore car avec le ciel gris, le brouillard gris et la neige grise

    c’est pas facile du tout.


    Effectivement au bout d’ ½ heure je pense, j’arrive a un parking au milieu d’un champ de lave, il y a des panneaux indiquant des renseignements sur la région, je pense reconnaître où je me trouve sur le grand plan, il y aurait encore 14km d’ici au refuge de Dreki. Je suis sauvé !!!!!! Le courage revient et je repars sur la très très longue descente à travers les champs de lave de Vikrahraun de 1961, entre les scories, la neige et le brouillard. La route est vraiment très longue mais comme je suis sûr d’être sur la bonne voie, pas de soucis je relativise par rapport à ce que je viens de vivre. Je ne sais pas quelle heure il est quand je traverse 2 gués rapprochés en sautant de cailloux en cailloux puis j’aperçois le refuge à 20m !!!! Enfin, je n’y croyais plus, il n’y a que 3 4x4 avec le mien, je grimpe vite dedans et je regarde l’heure : il est 05h30 du matin, je viens de passer plus de 13 heures là en haut … c’est à peine croyable. Vite je démarre le 4x4 et je m’éloigne vite pour ne pas réveiller les gens qui dorment dans le refuge, je mets le chauffage à fond mais ça chauffe pas bien vite, il fait 05°C dehors, donc il doit geler là en haut. Après 5/6km je m’arrête en bord de piste et je me prépare un bon bouillon avec un sachet de purée pour tenir à la brioche avec la faim de loup que j’ai. J’enlève mes habits trempés et sales, je m’essuie la figure comme je peux en faisant tomber la terre. Il est 06h15, je baisse le siège et je dors jusqu’à 10h00 pour récupérer… un peu !!!!




    Quelle aventure !!!!!! Mais j’ai failli y laisser ma peau dans cette affaire, avec l'obstination, le courage et le fait de toujours avoir cru en moi m’ont sans doute sauvé d’une mort glaciale et d'épuisement… Même à bout de force, à la limite de la rupture, quand je me suis retrouvé seul face à la mort, j'ai réussi à trouver au plus profond de moi l'espoir et un peu de force qui m'ont permis de réaliser les ultimes efforts pour me sauver .Tout ça parce que je n’ai pas pris le bon sentier … à méditer.